FN : les limites et les risques de la dédiabolisation

Publié le par ndpmoselle


Ainsi que RIVAROL l’avait à maintes reprises annoncé, notamment pendant la campagne interne au FN, ce qui nous a valu moult reproches, Marine Le Pen pourrait bientôt se rendre à Yad Vashem. C’est en tout cas ce qu’affirme le site d’informations Atlantico. La présidente du Front nati...onal irait en Israël pendant la première quinzaine du mois d’avril, avant la Pâque juive. Elle s’y rendrait avec son concubin Louis Aliot, le numéro deux du parti, qui est d’origine juive par sa mère (née Sultan). Toujours selon cette dépêche Madame Le Pen a expliqué à ses interlocuteurs israéliens qu’elle aimerait se rendre au Mur des lamentations à Jérusalem, à Bethléem «en tant que catholique»(sic) mais aussi et surtout à Yad Vashem, le mémorial de l’“Holocauste”. Une manière spectaculaire de rompre en visière avec son père qui a plusieurs fois exprimé des doutes sur l’histoire officielle de la Seconde Guerre mondiale et qui a toujours refusé de faire sien le sacro-saint «devoir de mémoire» envers les «victimes de la Shoah». Atlantico affirme également que Marine Le Pen ne s’est pas directement adressée à l’ambassade d’Israël en France pour organiser son séjour mais a utilisé le carnet d’adresses d’un policier, Michel Thooris, proche de Philippe deVilliers, qui, lors de la campagne présidentielle de 2007, avait cherché à séduire la communauté juive. C’était l’époque où le vicomte donnait une interview à Israël Magazine dans laquelle il approuvait la loi Gayssot, condamnait le révisionnisme et dénonçait violemment l’Iran d’Ahmadinejad. Pour les obsèques d’Ilan Halimi Villiers s’était également rendu à la synagogue où il avait été applaudi.

Marine Le Pen semble emprunter le même chemin. Le villiériste Michel Thooris a en effet pris attache avec une société de sécurité et de lobbying israélienne. «Ce cabinet prospère, qui travaille beaucoup en Afrique, a des contacts privilégiés avec certains journalistes francophones israéliens auxquels a été proposée une interview de Marine Le Pen» écrit encore Atlantico qui ajoute que ce policier est proche de Danny Ayalon, l’actuel vice-ministre des Affaires étrangères et dirigeant du parti extrémiste Israël Beitenou dont le patron Avigdor Liebermann, chef de la diplomatie de l’entité sioniste, avait organisé récemment la venue en Israël d’une délégation de droites populistes européennes comprenant notamment le Vlaams Belang et le FPÖ. Lieberman pourrait recevoir Marine le Pen. «Il est capable de tout, confie ainsi l’un de ses proches. De toute façon, il est intéressant de savoir ce qu’elle a vraiment dans la tête et dans le coeur». De même qu’Ariel Sharon devait recevoir Jean-Marie Le Pen en 1987 en Israël avant que l’affaire du “détail” n’enterre le projet, de même Marine Le Pen chercherait-elle son adoubement auprès des puissants de ce monde.

Même si d’après le cabinet de Marine Le Pen les allégations d’Atlantico sont erronées, le site maintient l’intégralité de ses informations. De fait un prochain voyage dans l’état hébreu de Marine Le Pen— qui était le 30 mars l’invitée de la radio israélienne 90FM— reste hautement probable. Le président de Radio J a d’ailleurs dit que cette fois, contrairement à 2006, les autorités de l’entité sioniste seraient disposées à la recevoir. Voilà en effet des années que Marion dite Marine Le Pen donne des gages à la communauté. Dès 2004 elle avait intégré au Parlement européen le groupe Europe-Israël où siégeait le président d’alors de la LICRA Patrick Gaubert, depuis cette époque elle entretient des liens au plus haut niveau avec la Ligue de défense juive, avec l’avocat Goldnadel, bref avec tout ce que la communauté juive compte de plus sioniste et de plus extrémiste. Quelques jours avant le congrès de Tours, ce qui n’est pas un hasard, elle a donné un grand entretien au quotidien israélien Haaretz où elle disait que le FN avait toujours été un parti pro-sioniste. En février, dans Le Point, elle en remettait une louche, dénonçant «la barbarie allemande», une armée germanique qui a «assassiné nos pères, nos frères» et disant des révisionnistes qu’ils l’“agaçaient”.

Certains de nos lecteurs nous reprochent parfois d’être trop sévères avec Marine Le Pen. Nous préférerions n’en dire que du bien. Mais il faut regarder la vérité en face. Comme l’écrivait Bossuet «il n’est pire dérèglement de l’esprit de voir les choses non telles qu’elles sont mais telles qu’on voudrait qu’elles soient.» Lorsque les gens veulent croire en quelque chose ou en quelqu’un, il est quasiment impossible de leur faire entendre raison. Utilise-t-on les arguments les plus rationnels, les plus puissants, les plus irréfutables, ils n’emportent pas la conviction. L’on est alors à l’image d’un boxeur qui sur le ring donne des coups dans le vide.

Et pourtant, ainsi que nous l’avons souvent dit, il faut répéter que le Front national d’aujourd’hui et surtout celui de demain n’aura plus rien à avoir avec celui que nous avons connu, aimé, soutenu, défendu. Non que le Front d’hier fût exempt de reproches, non que son positionnement ne contînt certaines ambiguïtés, quelques contradictions qui ont permis la situation présente mais il était, au moins à certains égards, hostile au Système. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. C’est pourquoi Marine Le Pen est invitée quasiment tous les jours à la radio ou à la télévision, qu’elle bénéficie d’une promotion absolument ahurissante que n’a jamais eue son père. Prenons-en le pari: d’ici quelques années il ne restera quasiment rien du programme de l’ancien Front national. Sur le plan fiscal la suppression de l’impôt sur le revenu et de l’ISF n’est déjà plus d’actualité. D’antifiscaliste, le FN devient un parti favorable à des impôts élevés, reprenant le discours démagogique de la gauche et de l’extrême gauche qui consiste à «faire payer les riches», c’est-à-dire en réalité les Français qui disposent encore de quelques biens et qui souvent sont assujettis à l’ISF uniquement à cause de l’explosion des prix de l’immobilier. De même n’est-il plus question de la défense de la famille, de la morale et des valeurs traditionnelles dans le discours de Marine Le Pen. Pas plus que de l’inversion du courant de l’immigration. On propose seulement de renvoyer les clandestins, proposition qui est également au programme de l’UMP.

Marine Le Pen est vraiment la Gianfranco Fini à la française. Comme c’est une opportuniste qui ne croit en rien, sinon à sa carrière, elle peut certes, comme Sarkozy de 2002 à 2007, tenir les discours, employer les mots que les Français ont envie d’entendre mais c’est en vain que l’on chercherait chez elle un grand dessein, une doctrine, un idéal.

Le second tour des élections cantonales a montré les limites de sa stratégie de dédiabolisation puisque le FN, sauf dans deux cantons, est incapable de franchir l’obstacle du scrutin majoritaire à deux tours. Il progresse certes partout, réalisant des scores plus qu’honorables et parfois même impressionnants mais il ne parvient pas, sauf très rare exception, à avoir des élus dans le cadre d’un scrutin à deux tours. Or, comme toutes les élections en France, sauf les européennes, reposent désormais sur le scrutin majoritaire à deux tours, l’on voit mal comment il pourrait faire élire des représentants en grand nombre. Comment d’ailleurs Marine Le Pen peut-elle prétendre gagner la présidentielle en 2012 lorsque le Front ne l’a emporté que dans deux cantons sur 2026? Ce n’est pas sérieux. La présence de Marine Le Pen en finale de la présidentielle est le meilleur moyen d’assurer une élection de maréchal à DSK, à Aubry, à Hollande ou… à Sarkozy si ce dernier remonte la pente d’ici un an.

Face à cette situation de blocage, deux solutions étaient possibles. Soit ne rien céder au Système et faire du Front un outil révolutionnaire se préparant à prendre ses responsabilités en cas de vacance ou de démission du pouvoir comme c’est arrivé en 1940, en 1958 et dans une certaine mesure en 1968. Soit se normaliser, donner chaque jour davantage des gages au Système dans l’espoir de participer au pouvoir. C’est manifestement la seconde voie qu’a choisie Marine Le Pen. Elle est condamnable car dans l’actuel système démocratique on ne peut parvenir au pouvoir sans trahir, sans renier les idées nationales. Gianfranco Fini est devenu ministre puis président de la chambre des députés en Italie mais il a renié toutes les idées qu’il avait jusque-là défendues, allant jusqu’à faire l’apologie de l’antifascisme alors qu’il avait dirigé un parti ouvertement mussolinien! Le FPÖ de Jorg Haider a également été au pouvoir en Autriche, en coalition avec les chrétiens-démocrates mais là aussi il a trahi toutes ses idées, se soumettant à l’Europe de Bruxelles, à une politique d’austérité et surtout de repentance vis-à-vis des juifs, ce qui est incompatible avec le rejet du mondialisme. Que l’on ne se fasse pas d’illusion, si un jour Marine Le Pen arrive à l’Elysée, à Matignon ou obtient un quelconque portefeuille ministériel, ce n’est pas parce que la droite nationale l’aura emporté. C’est parce que le Système aura jugé conforme à ses intérêts de lui accorder des responsabilités, sachant très bien qu’elle ne menacera en rien ses fondements holocaustiques, antiracistes, droitdel’hommistes, antichrétiens, antifamiliaux et antifascistes. Ce n’est pas un hasard si, d’après un sondage, 37% des électeurs ayant voté pour Sarkozy en 2007 se sont prononcés pour le parti de Marine Le Pen en 2011. Le Système n’a pas son pareil pour abuser le bon peuple et le conduire dans des voies de garage successives. L’électoralisme est décidément la tare et la sauvegarde du régime.

<jeromebourbon@yahoo.fr>.

Commenter cet article